17 juin 1889,
Marcel-Louis Faivre, qui deviendra Marcello-Fabri, naît à Miliana. Ses parents, ses grands-parents, sont de vieille souche franc-comtoise. Pionniers de l’Algérie Française, ils ont fondé sur les contreforts du Zaccar, près de Miliana, le village de Vesoul-Bénian. Famille qui cultive à la fois la terre et l’esprit.


1904, mort de son père.
Arrêt de ses études au lycée et décision de poursuivre celles-ci tout en gagnant sa vie dans l’administration des Postes où temps et indépendance d’expression lui sont assurés. Très rapidement, il écrit des poèmes et collabore aux revue culturelles d’Alger, dont les Annales Africaines, dirigées par Ernest Mallebay.

1909, publication de son premier lièvre de poèmes, " Hallucinations ", sous le pseudonyme de Marcello-Fabri.
De 1909 à 1914, datent ses principaux tableaux et croquis, dont certains sont signés avec son ami le peintre Augustin Ferrando.
Poète, écrivain, philosophe, critique d’art, pamphlétaire, peintre, mélomane, il décide tout naturellement de faire mieux connaître à Paris l’originalité des sources méditerranéennes de l’art naissant à Alger dont il est à vingt ans, l’un des plus ardents animateurs.

1909 puis 1911, séjours à Paris.
Entre-temps, Marcello-Fabri retrouve ses compagnons d’Alger : le poète et esthète Albert Tustes, l’écrivain Robert Migot, le sculpteur Emile Gaudissard, Jean Pomier directeur de la revue Afrique, le compositeur Charles Berlandier, Alfred Rousse, les peintres Thomas-Rouault, . Des échanges fructueux s’opèrent avec ses amis parisiens : René Ghil, Paul Fort, Paul Adam, Lacaze-Duthiers, Hans Ryner, Robert Desnos, Gustave Kahn, Sébastien Charles Leconte, Saint-Georges de Bouhelier, Nicolas Beaudoin, Marc Georges Mallet, etc… Les créations artistiques se multiplient entre eux.

1912, retour à Alger. Période féconde, à la fois heureuse et tourmentée de " l’Homme qui devient Dieu ".

1915, mariage avec Geneviève Germain, dix-neuf ans.



Née à Blida, d’une famille de pionniers défricheurs de marais de l’ouest Mitidja. Lettrée, musicienne, auteur d’essais philosophiques sur Wagner, sur Nietzsche et d’articles sous le nom de plume de Jacques Duvaldizier, elle sera toujours auprès de Marcello-Fabri d’une attention et d’une volonté sans faille.

1919, installation du couple à Paris. Fondation de" La Revue de l’Epoque ". Publication de la pièce de théâtre " La Folie de l’Homme " et de son premier roman, " La Force de Vivre ".

1921, parution de l’Inconnu sur les Villes, roman-sans-personnages où les foules de XXème siècle occupent la scène du monde.

1922, " Six poèmes synchroniques suivis de La Messe d’Art ".

1925, mise en scène d’une autre pièce de théâtre, " Le Génie Camouflé ", par Lugné Poë, au Théâtre de l’Oeuvre. En 1947, grâce à Geneviève Marcello-Fabri, nouvelle mise en scène par Jean Mercury au Théâtre de l’Humour, co-direction Roger Lauran et Jean Mercury.
Mise en ordre de notes, articles, enquêtes, échanges de lettre qui donneront 1925 et notre Art. Nostalgie de sa terre natale, écriture du poème Nostalgérie cité par Valery (publié en 1938 dans le recueil Les " Chers Esclavages "). Longue période à Alger.
Retour à Alger. Une difficile situation familiale le décide à acheter et à exploiter un domaine à l’abandon. Il devient colon, sa santé se détériore (paludisme, fièvre typhoïde), mais il réussit.
Dans sa villa du Mont-Hydra, Marcello-Fabri travaille avec acharnement, toujours en contact avec ses amis parisiens : Georges Duhamel, Alexandre Baillot, Marcel Batilliat, Marc-Georges Mallet, Emile Gaudissart, Paul Achard, André Tabet, et ceux d’Alger restés dans la capitale.

1935, Conception de son projet d’utopie sociale, " Le Grand Plan ", qui allait remplir sa vie, mais dont seule la première étape fut réalisée, la revue " L’Age Nouveau ".

1938, retour de Marcello-Fabri à Paris. Sortie de " L’Age Nouveau ", revue littéraire, sociale, philosophique, où trouvent place les publications d’artistes, non seulement des deux côtés de la Méditerranée mais de l’Europe jusqu’à l’URSS. Par sa qualité et sa diversité, la revue est une réussite… Les Académiciens Goncourt, Edouard Dujardin, Jean Ajalbert, sont ses amis de tous les jours ; Valéry, Marcel Belalu, J.H. Rosny Jeune, Tristan Klingsor, Jeanne Catulle-Mendes, Alfred Villot, Philéas Lebégue, écrivent dans sa revue. Pourtant, les servitudes parisiennes pèsent sur le poète. Il s’en délivre en écrivant la plupart des poèmes du recueil De" l’Ile Déserte ". Evasion philosophique et pessimiste.
Publication de son roman " Puissances de la Foi ". Il entreprend son ouvrage d’essai esthétique " Oedipes sans Enigmes " et organise colloques, expositions. Il diffuse des publications, reçoit de nombreux artistes venus de tous les horizons européens.
Il crée avec le peintre Augustin Ferrando la " F.A.T.I. ", " Fédération Africaine des Travailleurs Intellectuels " qu’il préside. Des intellectuels et artistes comme le poète Albert Tustes, des écrivains comme Robert Migot, Robert Randau, le compositeur Charles Berlandier, le poète et critique d’art Jean Pomier, l’esthète Alfred Rousse, le professeur Henri Jahier, l’écrivain Abdelkader Adj Hamou Fikri, le sculpteur Pouvreau-Baldy, les peintres Famin, Agllietti, Assus… contribuent en un effort de promotion et de coordination, à rapprocher Oran d’Alger et à briser l’isolement artistique avec la métropole. A Paris, le Mercure de France publie le poème " Le Roman de l’âme ". Avec Nostalgérie, ils feront partie du livre " Les Chers Esclavages ".

Fin Août 1939, retour de la famille à Alger lors de la menace hitlérienne sur la Pologne. Marcello-Fabri fait seul un aller-retour à Paris et emporte notes, éditoriaux de " l’Age Nouveau " qui sortiront plus tard sous le titre de Regards sur le destin des Arts. Il saborde sa revue où maints articles démontrent l’esprit de conquête de l’hitlérisme et l’aveuglement général.

Juin 1940, la défaite. Ses articles, jugés trop violents, sont censurés. Période de travail littéraire acharné : un essai d’esthétique, " Oedipes sans Enigmes ", qu’il considère, parfois, comme son œuvre majeure ; une étude critique : " Regards sur le destin des Arts "; un essai sur l’histoire des civilisations et des mythes religieux, " La Terre et les Miraculées ".
Novembre 1942, débarquement allié en Afrique du Nord. Alger est la capitale de la France en guerre. Marcello-Fabri, à nouveau homme d’action, participe à l’effort de tous. Ses deux fils, Gérard et Marcel-Henri (Mario) Faivre sont combattants de la première heure. Il les soutient.
Le Mont-Hydra devient rapidement un cénacle oeuvrant au rapprochement des différentes tendances qui, toutes luttent pour la libération de la patrie. Deux recueils de poèmes : " Notre Dame de la Chair ", et les " Cryptogrammes pour civilisés demeurés sauvages ", sont l’expression de sa douleur morale.
Dès la victoire, il pense regagner Paris pour rééditer " l’Age Nouveau ", réaliser les étapes suivantes de son " Grand Plan ", son utopie culturelle, au service de son idéal philosophique : revue de vulgarisation des idées sociales et scientifiques, Institut de Formation Sociale pour les plus défavorisés, des salles polyvalentes : cinéma d’art - conférence - concert - théâtre - expositions - salle de réception des artistes français et étrangers, au contact du public. Sans but lucratif. Utopie ? Pas tout à fait. Projet visionnaire que Malraux, ministre des Affaires Culturelles de 1958 à 1969, allait concrétiser avec la création des Maisons de la Culture, ses "Grandes Cathédrales".
28 décembre 1945, mort de Marcello-Fabri d’une hémorragie cérébrale, au Mont-Hydra.

1947, " L’Age Nouveau " reparaîtra, les œuvres posthumes seront publiées, grâce à l’effort, sans relâche, de son épouse, Geneviève Marcello-Fabri. Elles laisse en témoignage des écrits intimes "Souvenirs d’Enfance", " Notes et souvenirs sur Marcello-Fabri ", datés d’environ 1936, " Synchronisme et Behaviourisme " de Jacques Duvaldizier (son nom de plume), Afrique, Alger 1946.


Simone Rinaudo

  Marcello-Fabri
(1889-1945)
Biographie